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22.10.26

Travailler son back catalogue à l’ère du streaming

Le back catalogue n’est plus un simple prolongement du business : il constitue désormais un levier stratégique à part entière. Marius Braud, DSP Editorial & Partnerships Manager - Catalogue chez IDOL, détaille une approche qui associe travail éditorial, analyse des données et activations ciblées.

Le back catalogue désigne généralement les titres sortis depuis plus de 18 mois. Au-delà de ce seuil, il correspond à une manière de travailler les titres dans la durée, lorsque les écoutes s’installent dans une dynamique moins liée à l’actualité de la sortie. Le catalogue ne désigne donc pas uniquement des titres anciens : il implique aussi une autre manière de les travailler.

Cette évolution se retrouve dans les classements. En mars 2026, les titres sortis sur l’année en cours ne représentaient que 28% du top 50 Spotify, contre 42% à la même période en 2025 (source: Chartmetric). Le catalogue plus ancien occupe ainsi une place croissante, dans un environnement marqué par l’abondance de l’offre, le poids des plateformes vidéo, les investissements des majors dans leurs répertoires et l’évolution des modes de découverte de la musique, notamment par les réseaux sociaux.

Comment accompagner cette évolution et identifier les leviers adaptés à chaque projet ? Les analyses de Marius Braud, DSP Editorial & Partnerships Manager Catalogue chez IDOL, éclairent sur les stratégies à mettre en place pour travailler le catalogue dans la durée.

Ce que montrent les chiffres d’IDOL

Cette mutation se reflète dans les revenus d’IDOL, où la part du back catalogue progresse de manière marquée depuis 2023. Cette progression est largement corrélée à l’impact des tendances sociales sur des titres anciens, qu’elles émergent sur TikTok, Reels Instagram ou Shorts YouTube.

Sur une période d’un an entre mai 2025 et mai 2026, les actions de mise en avant du back catalogue ont généré près de 21 millions de streams supplémentaires, en combinant placements éditoriaux, campagnes spécifiques et travail de fond sur les profils. Ces résultats illustrent l’intérêt d’une approche qui ne se limite pas à quelques réactivations ponctuelles, mais organise la visibilité du catalogue dans la durée.

Le repitching, ou l’art d’amplifier une dynamique

Le repitching occupe une place centrale. Il ne s’agit pas de remettre systématiquement en avant l’ensemble du catalogue, mais de concentrer les efforts sur les titres qui montrent déjà des signes de reprise. « Nous ne créons pas des tendances, nous les amplifions lorsque nous constatons une hausse des écoutes organiques, un extrait qui circule sur les réseaux sociaux, une utilisation télévisuelle ou une actualité marquante autour de l’artiste qui impacte les streams. » précise Marius Braud.

Le volume d’écoute à lui seul ne suffit pas à déterminer le potentiel d’un titre. Le rythme de croissance, l’évolution des sources d’écoute et l’apparition de nouveaux territoires permettent de mieux comprendre ce qui se joue. Un morceau aux volumes encore modestes peut ainsi mériter une attention particulière si sa dynamique évolue rapidement, et ce de manière organique.

Le timing est déterminant. Les équipes DSP Editorial & Partnerships et l’Audience Development assurent une veille pour repérer les tendances et détecter les hausses inhabituelles d’écoutes sur un titre ou un album grâce à notre outil Labelcamp. Les données permettent alors d’en évaluer l’origine et la solidité : plateformes concernées, territoires, rythme de progression, part des écoutes organiques ou algorithmiques. Si les signaux sont suffisamment solides, un repitch éditorial peut être envisagé.

C’est ce contexte qui sera utilisé pour renforcer l’argumentaire auprès des plateformes, il permet de relier les données à un angle éditorial pertinent. Entre mai 2025 et février 2026, les repitches de back catalogue ont permis à IDOL de sécuriser 43 placements, représentant environ 2,33 millions de streams éditoriaux supplémentaires.

‘Confidence’ de Kim : adapter l’activation aux territoires

Le titre ‘Confidence’ de Kim constitue un cas d’école. Porté par une tendance virale internationale durant l’année 2025, ce morceau de zouk sorti en 2009 a fait l’objet de plusieurs repitches successifs, d’abord en France, puis aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Grèce, au Brésil, aux Philippines ou en Indonésie. En 2025, ce titre a généré près de 670 000 streams éditoriaux, soit une hausse d’environ 340% par rapport à 2024.

La diversité des territoires concernés rendait le travail particulièrement complexe. Le titre gagnait notamment en traction au Brésil et en Indonésie, où il n’existait pas forcément de playlists éditoriales dédiées au zouk.

Plutôt que de chercher à l’imposer dans des playlists de genre peu adaptées, les équipes DSP Editorial & Partnerships ont privilégié des playlists virales dans les régions où la tendance se développait réellement. L’activation a ainsi suivi les usages observés, plutôt qu’un positionnement défini uniquement par le genre musical du morceau.

Miser sur le mood pitching pour travailler la durée

Le mood pitching est l’un des piliers de la stratégie catalogue d’IDOL. Les playlists d’humeur et de contexte, dédiées à la concentration, au sommeil, à la méditation, aux activités quotidiennes à domicile (ménage, lecture, moments entre amis) ou au sport (fitness, running, yoga), sont par nature moins volatiles que les playlists de nouveautés. Elles peuvent accueillir des titres plusieurs années après leur sortie, à condition que ceux-ci correspondent à l’ambiance recherchée.

Pour le catalogue, c’est un avantage décisif : un morceau n’a pas besoin d’avoir rencontré un succès immédiat pour trouver sa place dans ces playlists. Ce qui compte, c’est sa capacité à accompagner un contexte d’écoute précis. Chaque plateforme a ses propres équipes moods, et donc sa propre subjectivité. Le volume de streams, les shazams ou la quantité de vidéos créées sur les réseaux sociaux (UGC) laissent davantage de place au ressenti et à l’émotion. Cela permet à des morceaux parfois peu écoutés de manière organique d’être placés dans des playlists à fort volume de streams.

L’objectif est de construire une présence durable : identifier les usages auxquels un titre peut répondre, puis travailler les opportunités éditoriales correspondantes.

Créer de nouveaux moments autour du catalogue

Une dynamique de hausse des streams organiques repérée dans Labelcamp n’est pas le seul point de départ possible. Une nouvelle sortie, un anniversaire d’album, une performance live marquante, une collaboration ou un moment culturel peuvent aussi donner une nouvelle raison de découvrir un titre ancien.

Une nouvelle sortie peut notamment servir de passerelle vers les précédents projets d’un artiste. La campagne gagne alors à être pensée au-delà du seul nouveau titre : quels morceaux du catalogue peuvent prolonger la découverte ? Lesquels trouvent un écho dans la nouvelle direction artistique ? Comment les intégrer aux contenus et aux playlists de l’artiste ? Il ne s’agit pas de promouvoir tout le répertoire à la fois, mais de sélectionner les titres les plus pertinents pour ce moment.

Le contexte peut également être saisonnier. En janvier, IDOL a par exemple mis en avant le titre ‘Valzer d’Inverno’ d’Andrea Vanzo autour de l’hiver et du Blue Monday, un angle particulièrement adapté au titre. Noël est également un moment fort de l’année, avec de nombreuses playlists thématiques nous permettant de pitcher une sélection de titres de back catalogue.

Les apparitions médiatiques constituent un autre point d’entrée. Lorsque The Lemonheads ont été programmés au Tonight Show, cette exposition a permis de remettre en avant le groupe auprès des plateformes. Ce passage télévisé offrait un argument éditorial crédible pour remettre le projet dans la conversation.

Les équipes DSP Editorial & Partnerships et Audience Development suivent également l’actualité des trends sur les réseaux sociaux. Lorsque début 2026 une trend se lance sur la nostalgie de l’année 2016, nous repitchons aussitôt nos hits sortis cette année là, nous permettant par exemple de faire rentrer le titre ‘Gyal You A Party Animal‘ de Charly Black dans la playlist “2016” de Spotify spécialement créée pour l’occasion.

Les anniversaires d’album ou de label sont également des moments forts sur lesquels capitaliser. Néanmoins, ils ne constituent pas à eux seuls un argument suffisant pour solliciter les plateformes. C’est pourquoi nos équipes sollicitent les labels pour de nouveaux contenus à l’approche de ces moments forts : rééditions anniversaire contenant des titres bonus (démos, versions live, unreleased), remastering de titres en qualité audio supérieure, introduction d’un format vidéo sur les plateformes, compilations, tournée spéciale, remix contests etc. Profiter d’un moment fort en introduisant du contenu inédit est un bon moyen de réactiver une fanbase, et susciter l’intérêt des plateformes.

Donner une nouvelle porte d’entrée aux titres

La vidéo peut prendre une place dans cette approche. Un clip, une session live, un format court ou de nouveaux visuels offrent différentes manières de présenter un morceau sous un nouveau jour. On le voit récemment, les plateformes de streaming se positionnent de plus en plus sur ce créneau. Cet outil permet de se démarquer et d’apporter des arguments supplémentaires dans un pitch.

Les versions alternatives constituent une autre piste : remix, version acoustique, enregistrement live, version accélérée ou ralentie, ou nouvelle collaboration. L’intérêt est de proposer un angle artistique qui donne envie de revenir au titre ou permette à un autre public de le découvrir, plutôt que de multiplier les formats sans intention précise.

Ces leviers peuvent prolonger un signal existant ou accompagner un moment choisi.. Leur pertinence dépend du morceau, de l’univers de l’artiste et du public visé.

Anticiper les occasions et préparer les profils

Pour structurer ce travail, IDOL a mis en place un audit initial pour les nouveaux labels entrants. Ce diagnostic permet d’identifier les forces du catalogue, les angles éditoriaux, les points à améliorer sur les profils et les anniversaires à venir. L’objectif est de préparer les opportunités suffisamment tôt, plutôt que d’agir uniquement lorsqu’une date approche ou qu’un titre repart.

Cette préparation concerne aussi la manière dont le catalogue apparaît sur les DSPs : mise à jour des profils artistes, création ou refonte de playlists artistes et labels, travail sur les biographies et les visuels.

Mesurer pour orienter la suite

Le suivi ne s’arrête pas à l’obtention d’un placement ou au lancement d’une activation. L’évolution des écoutes, leur provenance et leur répartition géographique permettent d’évaluer les résultats et de déterminer la suite.

Dans Labelcamp, les équipes IDOL peuvent suivre la progression des titres, une fois l’activation terminée, si la hausse se concentre sur une plateforme ou un territoire, si les sources d’écoute évoluent… Ces observations aident à décider s’il faut prolonger les efforts, ajuster l’approche ou concentrer ses efforts sur un autre morceau.

La stratégie catalogue prend alors la forme d’un cycle : observer les données, identifier un signal ou une occasion, choisir une activation, mesurer ses effets et préparer l’étape suivante.

Conclusion

Travailler le back catalogue ne consiste ni à attendre qu’un ancien titre devienne viral, ni à remettre tout un répertoire en avant indistinctement. Il s’agit de combiner une présence éditoriale durable avec des actions ciblées, en tenant compte des usages, des données et de l’actualité de l’artiste.

Pour les labels indépendants, l’enjeu est de savoir quels titres activer, à quel moment et avec quels moyens. Une approche qui permet de prolonger la vie des sorties tout en créant de nouvelles occasions de découverte et de revenus.

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