
Job of the month #27 : Serial Entrepreneuse
Chaque mois, IDOL présente un métier de l’industrie de la musique. Ou plus qu’un métier, une personne ! Car derrière un même intitulé de poste, on retrouve des différences significatives d’une structure à une autre. Chacun peut définir, selon son parcours professionnel, ses qualités et compétences le périmètre de son poste! Rencontre avec Emily Gonneau, qui a monté ÜNI, qui regroupe 3 entités que sont Unicum Music (label & éditions), Nüagency (agence et organisme de formation) et Causa(programmation et modération de conférences et podcasts).
Quel a été ton parcours professionnel ?
J’ai commencé en 2005 chez EMI, à Londres, avant d’arriver à Paris comme cheffe de projet. En tant que franco-anglaise, je pilotais surtout des projets internationaux. Ce passage m’a vraiment appris à gérer concrètement un projet : tenir les budgets, coordonner la sortie avec les équipes promo, marketing, commerciales, synchro, digitales (c’était le tout début), et bien sûr artistiques.
En 2009, j’ai monté ma boîte qui, 16 ans plus tard, est un groupe qui s’appelle ÜNI. Au début, c’était juste Unicum Music, du management et des éditions. Mes premières artistes étaient Mademoiselle Sane et Émilie Chick. J’ai enrichi l’activité au fil de mes envies et des opportunités.
En 2013 j’ai lancé Nüagency, pour mettre l’expertise développée sur les réseaux sociaux au service d’autres artistes, ainsi que des labels et festivals. En 2017, j’ai lancé la branche label d’Unicum Music. Et en 2023, j’ai créé Causa pour y dédier toute l’activité de programmation de conférences (dont MaMA INVENT, celles centrées sur l’innovation au MaMA Music & Convention depuis 2022). C’est avec cette casquette aussi que je modère des conférences tout au long de l’année.
On a fêté les 15 ans de la boîte en 2024 de 2 manières.
Tout d’abord en lançant une newsletter collective mensuelle “L’artiste, le numérique et la musique”, du même nom que mon livre (d’abord publié à l’IRMA en 2016 et 2019, puis au CNM en 2023). Pour en prolonger les réflexions et pour aider les artistes à mettre le numérique au service de leur projet au quotidien.
Ensuite, nous avons produit notre tout premier podcast, MUTANT·ES, une saison spéciale de 8 épisodes, un par invité·e, sur l’entreprenariat de la musique sur fond de mutations profondes ces 15-20 dernières années.
À côté de tout ça, j’ai rejoint la commission Innovation du CNM en 2022, où je siège toujours. C’est passionnant.
Concrètement, que fait une serial entrepreneuse ?
Quand tu passes de salariée à entrepreneuse, certes, tu deviens plus précaire et tu prends des risques, mais il n’y a aucune limite et tu découvres une liberté vertigineuse. Sans N+1 ni filtre de la validation, tu peux tout essayer, tu apprends à mieux te connaître, à cibler ce que tu veux vraiment faire… et à te rendre compte que tu en es capable.
Ce qui me motive le plus : aider les artistes et leurs partenaires à mettre le numérique au service de leur projet, que ce soit en comprenant les mutations à l’oeuvre, en communiquant mieux, en mettant en place des stratégies numériques direct-to-fan sur-mesure ou en analysant bien la data pour la traduire en actions concrètes.
On me dit souvent que je fais (encore) trop de choses, mais je ne le vois pas ni ne le ressens comme ça puisque j’ai trouvé mon équilibre aujourd’hui. Au contraire, chaque casquette enrichit les autres de nouvelles perspectives, de nuance et de profondeur. Ca me nourrit et tout s’articule naturellement.
Tu as aussi fondé des associations ?
Ce n’était pas prévu mais je me suis retrouvée à en fonder ou co-fonder deux, et elles ont en commun d’être mues par l’envie de voir émerger un écosystème plus sain, où tout le monde est reconnu·e à sa juste valeur.
La première, La Nouvelle Onde, en 2018, lancé en partenariat avec le MaMA et le CNM (ex-IRMA), pour mettre ene lumière, en valeur et en réseau les moins de 30 ans du secteur musical, tous métiers confondus. On ne les voit pas assez (mais après 8 éditions des #PrixLNO au MaMA ça commence enfin à changer) alors que cette génération montante de la filière fait déjà brillamment l’actualité!
La deuxième, Change de disque, a vu le jour en 2020, pour faire lutter concrètement contre les problèmes structurels et les violences systémiques dans la musique. Tout a commencé en 2019, lorsque j’ai publiquement partagé mon histoire en créant le hashtag #musictoo (rien à voir avec le collectif qui s’est lancé 9 mois plus tard).
Avec Change de disque, on a pu avancer collectivement : 200 volontaires ont contribué à des groupes de travail identifiant la racine des problèmes et en analysant l’asymétrie des rapports de de force à l’oeuvre. Même si l’asso est en pause (burn-out militant anyone?), j’ai pu partager l’immense travail collectif accompli à l’occasion de mon audition par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les VHSS dans le spectacle vivant et l’audiovisuel fin 2024.
Comment se déroule une journée type pour toi ?
Comme j’ai mille centres d’intérêt, aucune journée ne se ressemble : j’organise mon temps librement, en fonction de ce qui me paraît urgent ou important, et je m’accorde aussi des plages pour explorer, approfondir des sujets pointus (ou pas), tester de nouveaux outils, ou juste réfléchir à mes projets de fond.
Dans mon quotidien, je vais tantôt préparer des statements de royalties et travailler les sorties du label, donner des formations (stratégies de sortie, music data analytics..) et veiller à nos audits de renouvellement Qualiopi, faire de la veille sur l’innovation et préparer une commission au CNM, pitcher des morceaux pour la synchro et déposer des oeuvres à la SACEM, accompagner les projets sur l’agence et faire le point avec l’équipe, penser aux futurs sujets que j’aimerais programmer ou travailler le déroulé d’une future conférence à modérer…
C’est cette variété qui me maintient en bonne santé mentale. Tant que j’ai envie, je suis créative, inspirée, je trouve des idées. Si l’ennui pointe, tout s’éteint… et là, rien ne vaut une sieste ! Depuis trois ans, j’ai restructuré mon organisation, je délègue beaucoup plus à l’équipe. Ma vie perso et de famille compte tout autant : je fais tout pour préserver cet équilibre.
Quelles sont les qualités requises pour ton poste ?
Je dirais qu’il faut de la curiosité et de l’ouverture d’esprit, avoir de la jugeote sans pour autant tomber dans le jugement. Savoir mettre les choses en perspective aussi, sans tout relativiser non plus. Bien se connaître permet de faire les bons choix : garder ce qui nous convient et déléguer le reste. Ou dire non, tout simplement. S’affirmer, savoir ce qu’on veut ou ne veut pas, c’est fondamental.
Côté gestion, il faut une petite dose d’endurance pour l’administratif… mais sans se laisser dévorer. Rester aligné·e avec soi-même, rester ouvert·e, garder de l’enthousiasme : c’est le moteur. Mais le jour où ça devient une souffrance, il faut savoir s’arrêter. Je m’étais fait cette promesse en montant ma boîte : le jour où l’envie n’est pas là, j’arrête et je fais autre chose.
Je milite aussi pour plus de gentillesse. On confond malheureusement encore trop souvent politesse et gentillesse et plus triste encore, gentillesse et faiblesse. C’est bien dommage. J’ai été élevée dans l’idée que si tu n’as rien de gentil à dire, alors ne dis rien. La méchanceté est gratuite et laisse des traces, la gentillesse ne coûte rien et laisse des souvenirs. 🙂
Pourquoi as-tu choisi de travailler avec le MaMA ?
Je collabore avec le MaMA depuis 2018 (#PrixLNO de La Nouvelle Onde, comité éditorial et programme européen JUMP (2018-2022), confs femmes (2019-2022)). Donc quand le CNM (ex-IRMA) a arrêté de porter la programmation du MaMA Invent, Gilles Castagnac a suggéré que je reprendre le flambeau. Grâce à lui et la confiance de Fernando Ladeiro-Marques du MaMA, j’ai pu continuer le beau travail de programmation déjà accompli sur les thématiques tech et développement durable, tout en ajoutant de la transversalité et une dimension sociétale aux sujets abordés.
Quel est ton lien avec IDOL ?
Impossible de me rappeler comment j’ai rencontré Pascal Bittard mais je le suis depuis longtemps et me réjouis du succès d’IDOL. Pascal est l’invité du 3ème épisode du podcast MUTANT·ES et il est passionnant!
Je connais aussi Christophe Mauberqué qui est Head of International A&R Development, on était ensemble en primaire. C’est un ami et quelqu’un que j’admire énormément. D’ailleurs, il a été (un super) mentor (catégorie ‘J’explore’) sur La Nouvelle Onde en 2019. Je suis très contente qu’il ait rejoint une boîte où il peut apporter sa grande sensibilité artistique et son expérience internationale.
Et puis Marit Posch, qui était General Manager pour IDOL Allemagne, a été ma mentore chez shesaid.so en 2022. Elle m’a bien aidée, notamment à me structurer et à identifier les points sur lesquels j’avais vraiment besoin d’aide pour trouver ce précieux équilibre entre vie pro et perso.
Quelle est la tâche la plus étrange que tu as pu faire dans ta carrière ?
A l’époque où j’étais cheffe de projet chez EMI, j’ai eu une expérience un peu lunaire. On devait faire une grosse émission télé avec une artiste, et en dernière minute, sa mère, qui était sa manageuse, nous demande un budget fringues de 3 000 €. Non seulement mes boss ont accepté ce chantage, mais c’était à moi d’avancer l’argent alors que la somme représentait plus que mon salaire… Grand moment de solitude.
Ah une dernière, pour la route… Un jour, on m’a aussi demandé d’aller chercher de la drogue pour un artiste. Moi qui ne fume pas, ne bois pas et n’en ai jamais pris de ma vie… c’était cocasse. J’ai donc expliqué la situation et on ne m’a plus jamais redemandé après ça. Une chance, I guess? 😇
La Playlist d'Emily
Pour aller plus loin
- Job of the Month #1 : DSP Editorial & Partnerships Manager
- Job of the Month #2 : Développeur Front-end
- Job of the Month #3 : Head of Digital Content Operations
- Job of the Month #4 Label Manager
- Job of the Month #5 : Responsable Royalties
- Job of the Month #6 : Head of Audience Development
- Job of the Month #7 : Attachée de presse
- Job of the Month #8 : Head of A&R / Business Development
- Job of the Month #9 : Performance Marketing manager
- Job of the Month #10: Juriste
- Job of the Month #11: Déléguée Générale
- Job of the Month #12 : Global Music Editor
- Job of the Month #13 : Director of Member Operations
- Job of the Month #14 : Développeur back-end
- Job of the Month #15 : Présidente et dirigeante
- Job of the month #16 : Responsable des partenariats
- Job of the Month #17 : Head Of Sacem Lab / Innovation
- Job of the month #18 : Distributeur physique
- Job of the month #19 : Label Partner Manager
- Job of the month #20 : Entrepreneur music & tech
- Job of the month #21 : Gestionnaire RH & administrative
- Job of the month #22 : Membership Director
- Job of the month #23 : Community & Projects Manager
- Job of the Month #24 : Artist Strategy Manager (Marketing Lead)
- Job of the month #25 : Coordinatrice de Majeur·e·s
- Job of the month #26 : Directeur Artistique en édition