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04.05.26

Job of the Month #30 : Superviseur Musical

Nouvel épisode de notre série Job of the Month pour découvrir les multiples facettes de l’industrie de la musique. Ce mois-ci, Steve Bouyer, Superviseur musical chez Noodles (Supervision), revient sur un parcours jalonné de rencontres et de bandes originales.

Chaque mois, IDOL présente un métier de l’industrie de la musique. Ou plus qu’un métier, une personne ! Car derrière un même intitulé de poste, on retrouve des différences significatives d’une structure à une autre. Chacun peut définir, selon son parcours professionnel, ses qualités et compétences le périmètre de son poste! Rencontre avec Steve Bouyer, Superviseur musical chez Noodles (Supervision), qui raconte comment il met la musique au service des images, en tissant des liens entre réalisateurs, compositeurs et catalogues pour faire naître des bandes originales uniques.

Que fait un superviseur musical ?

Un superviseur musical, c’est une sorte d’architecte musical, il coordonne tous les aspects liés à la musique dans un projet audiovisuel : série, film, documentaire. Il est engagé pour répondre aux besoins artistiques, qu’il s’agisse de trouver des titres préexistants ou de la musique originale.

On arrive avec nos idées et nos goûts, qu’on adapte au projet, en fonction des besoins réels et des échanges que l’on peut avoir avec les différents protagonistes du projet. On échange avec les réalisateur·trices, puis on gère la production exécutive, les enregistrements et le suivi artistique en studio.

Il y a aussi toute une partie de négociation, avec les agents, les éditeurs et les labels pour « clearer » les droits des titres préexistants ou négocier les contrats du ou des compositeur·trices. Sans être juriste, on est là pour conseiller les producteur·trices sur la musique et s’assurer que tout est juridiquement clair. Avec le développement des plateformes de streaming vidéo, tout est plus cadré juridiquement, mais c’est important d’avoir des notions pour suivre les échanges.

Qu’est-ce que cela change d’être superviseur musical indépendant ?

C’est un métier particulier. Nous sommes indépendants dans le sens où ne représentons ni compositeurs ni catalogues (nous ne sommes pas agents), ce qui nous permet de proposer ce qu’on veut, sans conflit d’intérêt. Cette indépendance n’a pas de prix, elle clarifie notre position.

On peut intervenir à n’importe quel moment d’un projet, parfois dès les premières versions de scénario. Sur des projets très musicaux comme ‘Le Monde de Demain’ (la série sur la naissance du groupe NTM, de DJ Dee Nasty et du hip-hop en France), on savait que la musique était primordiale.

Il est indispensable de budgétiser au mieux les besoins musique sur ce genre de projet, qui reste encore trop souvent sous évalué, et cela demande parfois de la pédagogie.

Comme la musique est souvent sous‑budgétée, on travaille beaucoup avec les librairies musicales. Beaucoup pensent que c’est de la musique bas de gamme dite « au mètre », alors que certain catalogue de librairie sont de vraie mine d’or, avec des pépites composées par des grands noms comme Ennio Morricone, Francis Lai, etc. Pour la série OVNI(s) (Canal+), on est beaucoup allé puiser et fouiller avec le réalisateur Antony Cordier dans des répertoires de films italiens et français des années 60/70 en librairie.

Noodles (Supervision) fait partie de l’ASM. Peux‑tu nous en dire plus ?

Aux États‑Unis, le métier de superviseur musical est développé et syndiqué. En France, nous avons créé l’ASM (Association des Superviseurs Musicaux) en 2020, avec une trentaine de membres, pour la reconnaissance du métier de superviseur musical et de sa rémunération. Notre expertise et notre savoir-faire permettent d’éviter beaucoup de pièges et de problèmes.

Prendre un superviseur, c’est investir sur la musique et reconnaître qu’elle n’est pas gratuite. C’est d’ailleurs intégré dans les directives de nombreuses plateformes américaines comme HBO, Netflix, Apple, Disney, qui encouragent un vrai investissement musical. Chez Netflix ou HBO, par exemple, la musique est reconnue comme un facteur clé du succès de certains programmes.

Une bonne musique au bon moment peut transformer une scène. Elle peut donner un sens complètement différent aux images, ce qui peut d’ailleurs faire peur à certains réalisateurs, mais les projets anglo‑saxons ont montré la voie et désormais les jeunes réalisateurs sont plus imprégnés de musique. Le métier se développe dans le bon sens.

Quelles sont les qualités requises pour ton poste ?

C’est un travail de commande, la plupart du temps on doit servir une envie, une direction comme point de départ. La curiosité est essentielle : écouter de tout, faire de la veille, s’intéresser à toutes les périodes et à tous les genres sans exception.

Il faut savoir parler à tout le monde et prendre le temps de présenter le projet aux maisons de disques et aux éditeurs pour faciliter leur tâche et obtenir l’autorisation des ayants droit. Il faut évidemment toujours être à l’écoute du·de la réalisateur·trice, mais aussi des monteurs, qui ont « les mains dans la musique ».

Il faut être capable de ressentir les scènes, de comprendre l’intention du·de la réalisateur·trice et le rôle que la musique, tout en respectant le budget. Il faut aussi être pédagogue pour proposer des alternatives qui plairont si un choix musical n’est pas pertinent.

Quel a été ton parcours professionnel ?

Dans le cadre de mon Master I de Sociologie, j’ai interviewé des professionnels de la musique, comme Matthieu Gazier du label Ekler, Nicolas Arnaud chez Because, Philippe Laugier de Barclay à l’époque, et des artistes comme Miss Kittin.

Après un Master II en économie et gestion des produits culturels, j’ai commencé chez Believe Digital en 2007. Je suis ensuite passé par la synchro chez EMI, côté catalogue, en représentant les droits phonographiques d’artistes interprètes français et internationaux comme Daft Punk, Air, Blur, Massive Attack, ce qui m’a permis d’être en contact direct avec des superviseurs musicaux qui nous sollicités pour « clearer » les droits de ces artistes.

Mon premier vrai job a été de travailler avec Matthieu Couturier de chez Disque Primeur qui commençait le management d’artiste (juste avant de créer Grand Musique Management) avec notamment Chateau Marmont, Adam Kesher, Triptik, etc. En parallèle, j’ai commencé à travailler à mi-temps avec Pascal Mayer, fondateur de Noodles (Supervision).

On s’est tout de suite très bien entendus avec Pascal. Quand son activité a grossi, je suis passé à plein temps, c’était en 2011. J’ai énormément apprécié l’activité liée au management, être au plus près des artistes, en tournée ou en studio, mais je voulais revenir à la supervision.

Toutes ces expériences m’ont permis de développer un réseau essentiel dans ce métier où il faut être connecté, à l’écoute des agents, managers et producteurs, et jouer un rôle d’entremetteur pour concrétiser des projets musicaux collectifs.

Qu’est‑ce que tu aimes dans ton travail ?

Ce qui est le plus gratifiant, artistiquement, c’est de participer à la création de quelque chose qui n’existait pas. J’apporte ma vision, mes goûts, j’accompagne le compositeur et le réalisateur, et je vois le projet naître sous mes yeux. Quand on propose un compositeur à un réalisateur et qu’ils refont des projets ensemble, c’est une vraie fierté, c’est que notre intuition, notre idée était bonne. Et si parfois ça matche moins, on rebondit, on s’adapte.

Chaque projet est différent, avec des caractères, des envies et des goûts variés. C’est passionnant d’être à la genèse de cette création, d’en être un maillon essentiel. Je n’ai jamais appris le solfège, je ne joue pas d’instrument mais grâce à ma passion pour la musique, mes goûts et ma curiosité j’ai pu trouver ma place.

Pourquoi as-tu choisi de travailler pour Noodles (Supervision) ?

Chez EMI, j’ai vu les limites du côté maison de disques et éditeur, où l’on ne peut proposer que des œuvres propres à un catalogue précis. J’ai souhaité devenir Superviseur pour ne pas être restreint dans les propositions de musiques et pour être au plus près de la création.

Avant de créer Noodles (Supervision), Pascal Mayer a travaillé pas mal d’années en maison de disques (EMI, Sony, Warner), puis il a eu un label The Perfect Kiss avec le compositeur Marc Collin. C’est très enrichissant de côtoyer quelqu’un comme Pascal, avec son expérience et sa connaissance du métier. Je suis hyper fier qu’il m’ait fait confiance alors que je n’avais que 25 ans. C’est pas simple de collaborer avec quelqu’un surtout dans ce métier, il y a beaucoup de superviseurs qui travaillent seuls. C’était hyper agréable d’être là, au début de cette boîte et du métier qui commençait à se développer.

Aujourd’hui on est trois superviseurs chez Noodles avec Inès Griffart qui est à nos côtés depuis 2022. La relation qu’on a est très agréable, assez naturelle, Pascal est devenu comme une sorte de deuxième papa pour moi. Je trouve qu’il a énormément apporté à ce métier, c’est quelqu’un qui gagne à être connu.

Quelle est la tâche la plus étrange que tu aies pu faire dans ta carrière ?

Ce n’est pas une tâche, mais plutôt un ressenti qui me vient à l’esprit. C’était au tout début de l’année 2015, je rentrais de mon voyage de noces en Birmanie. Le vol retour était le 7 janvier, le jour des attentats dans les bureaux de Charlie Hebdo. Ce mélange d’un vécu magnifique et d’un retour brutal à la violence était très étrange.

Quatre jours plus tard, Pascal et moi prenions l’avion pour Rome afin d’enregistrer la musique du film En mai, fais ce qu’il te plaît de Christian Carion, avec le maestro Ennio Morricone et le Roma Sinfonietta Orchestra, aux Forum Studios.

Il faut savoir que Pascal, est un immense fan d’Ennio Morricone. Le nom de la boîte vient du surnom (‘Noodles’) de David Aaronson, joué par De Niro, dans Il était une fois en Amérique. Donc, enregistrer cette musique à Rome avec le maestro, c’était complètement fou pour nous !

C’était très touchant de voir ce monsieur de 86 ans, qui sortait d’une opération au dos, en train de composer et diriger cette musique. Il était réellement impressionnant, précis et méticuleux dans son travail en plus d’être extrêmement doué, un vrai bourreau de travail !

On a eu une chance incroyable de passer ces jours-là au plus près de ce génie. C’est un moment que je retiendrai toute ma vie.

Quelle est ta connexion avec IDOL ?

Pascal Mayer connaît bien Pascal Bittard, le président d’IDOL. C’est pourquoi, assez naturellement, IDOL est devenu un de nos partenaires privilégiés quand on cherchait à mettre en ligne les BO de films qu’on avait supervisé chez Noodles.

Une fois le film ou la série fini, s’il y avait une musique originale ou des synchros de titres préexistants, on recommandait au producteur audiovisuel de passer par IDOL pour distribuer la musique.

Le marché a un peu évolué, désormais c’est surtout le score original qui fait l’objet d’une sortie BO, car compiler les titres préexistants du projet c’est plus compliqué : il faut refaire un deal avec les ayants droit côté master et c’est souvent assez laborieux.

Mais on a toujours des BO qui sortent via IDOL, les équipes font du très bon travail. Par exemple, récemment la BO qu’on a supervisé de la série Privilèges (HBO Original) composée par Amine Bouhafa, c’est 22D Music qui l’a gérée via IDOL. Avec Amine on est allé enregistrer le Grand orgue de l’église Sainte-Eustache à Paris, c’est un super souvenir ca aussi !

La playlist de Steve

Ca a été très dur de réduire la playlist à 20 titres, mais j’ai essayé de mettre des titres que j’aime et avec lesquels je vis au quotidien compilé avec des titres extrait de BO de film ou série (qui sont d’ailleurs pour un bon nombre d’entre elles sorties via IDOL) dont on s’est occupé de la supervision avec Noodles (Supervision).

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