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07.01.26

Job of the month #26 : Directeur Artistique en édition

Nouvel épisode de notre série Job of the Month pour découvrir les multiples facettes de l’industrie de la musique. Ce mois-ci, Ronan Fiacre raconte le métier de directeur artistique en édition chez Kobalt.

Chaque mois, IDOL présente un métier de l’industrie de la musique. Ou plus qu’un métier, une personne ! Car derrière un même intitulé de poste, on retrouve des différences significatives d’une structure à une autre. Chacun peut définir, selon son parcours professionnel, ses qualités et compétences le périmètre de son poste ! Rencontre avec Ronan Fiacre, directeur artistique en édition au sein de Kobalt France, qui explique son travail pour accompagner les auteurs et les compositeurs et développer leur carrière.

Concrètement, que fait un DA en éditions ?

En édition, nous travaillons principalement avec des auteurs et compositeurs, qui ne sont pas toujours interprètes. Notre rôle est de les accompagner en fonction de leurs objectifs.

Nous allons tout d’abord aider les auteurs-interprètes à construire une équipe – tournée, distribution, attaché de presse – et à définir une stratégie globale. Nous soutenons aussi l’aspect créatif, par exemple en organisant des sessions d’écriture et en réunissant des compositeurs pour préparer des maquettes en vue d’un album ou pour démarcher un label.

Pour les compositeurs, l’enjeu sera de créer des opportunités : de placer leurs productions, et de les faire collaborer avec des artistes pour développer leur image, souvent dans l’ombre, car leur rôle est plus discret. De même, avec les auteurs non-interprètes, le travail consiste à faire en sorte que leurs chansons soient choisies pour des albums importants.

Mon travail commence par la recherche de talents. Pour les artistes en développement, je vais les repérer, et les convaincre que nous sommes le meilleur partenaire. Pour les artistes déjà établis, on va éventuellement aller les chercher chez un concurrent à la fin de leur contrat.

En parallèle, je gère les négociations financières et contractuelles, et toute la partie administrative : faire les dépôts, vérifier les droits et s’assurer que les rémunérations sont bien distribuées, par exemple grâce à la SACEM. Enfin, il y a l’activité de synchronisation : placer la musique des auteurs et compositeurs dans des films, séries, publicités, etc. C’est un levier important qui peut générer de nombreux streams et revenus.

Quelles sont les qualités requises pour ton poste ?

Contrairement à un DA en label qui va surtout gérer quelques projets dans l’année, en édition on s’occupe souvent d’une trentaine d’auteurs compositeurs. C’est un vrai boulot multitâche, où nous allons gérer plusieurs projets en même temps. Il faut aussi être patient, parce qu’en édition, c’est du long terme, avec des contrats de 3 à 5 ans.

Dans ce métier, l’aspect humain est vraiment crucial, pour attirer les bons artistes, et les convaincre de nous rejoindre. Il faut savoir s’adapter aux personnalités, comprendre s’ils apprécient d’être courtisés ou, au contraire, préfèrent la discrétion.

Il faut aussi avoir une bonne analyse musicale et une vraie compréhension des carrières. On bosse aussi bien avec les compositeurs qu’avec les interprètes, donc faut penser à tout : le son, la prod, parfois même le réalisateur. On a une approche holistique du morceau.

Pour chacun, on va imaginer le parcours possible, streaming, presse, concerts… Par exemple, pour un artiste comme Dr. Yaro, on va réfléchir à ce qui fonctionne en télé, en radio parce que ce sont des sources importantes de revenus.

Enfin, il faut garder à l’esprit que nous fonctionnons sur des temps longs : on peut garder un morceau dans notre catalogue jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur. Donc même si rien ne bouge cette année, il peut y avoir un revival dans dix ans grâce, par exemple, à TikTok.

Quel a été ton parcours professionnel ?

J’ai toujours voulu travailler dans la musique, c’est un peu le fil rouge qui nous relie tous, je crois. Je viens d’un petit village en Bretagne, donc l’industrie musicale me semblait très lointaine. Après le bac, je suis parti faire une école d’ingé son à Londres et j’ai eu la chance de loger chez une famille dont le père était directeur artistique chez Warner.

J’ai commencé à l’aider dans son taf alors que j’avais 19 ans, et il m’a conseillé de faire une école de commerce pour mieux gérer le côté business, juridique, financier. J’ai suivi ses conseils, puis alors que je cherchais une alternance, j’ai fini par le recontacter. Il était désormais chez BMG, donc il a contacté BMG France pour moi. J’ai passé les entretiens, et été pris en tant qu’assistant artistique. Et après un passage en Finlande pour finir mes études, je suis revenu chez BMG France comme assistant artistique.

Après trois ans, je suis parti pour rejoindre l’aventure Pour la Gloire avec BEN plg et Ludovic Saint-Roch. Au début, je gérais surtout les éditions, et à côté j’accompagnais en management le compositeur Lucci’ signé chez Warner Chappell. En juin 2023, je suis arrivé chez Kobalt.

Comment se déroule une journée type pour toi ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Certains jours, j’ai plein de rendez-vous avec des artistes déjà signés, d’autres qu’on aimerait signer, ou simplement des rencontres pour élargir le réseau.
Parfois, on passe la journée en studio, ou alors en séminaire d’écriture sur plusieurs jours. Ça peut être dans un lieu qu’on loue, pour motiver, voir ce qui fonctionne, gérer la logistique… Ça dépend des artistes aussi, certains ont plus besoin de nous que d’autres.

On passe aussi beaucoup de temps à relancer les managers, l’équipe des business affairs, ou le service financier, pour s’assurer que les contrats sont viables et voir combien on peut investir, quelles conditions on peut proposer…

Chez nous, il y a aussi un côté international : par exemple, quand certains de nos artistes vont aux Etats-Unis, on organise des sessions avec les artistes de Kobalt US. Et de même quand des artistes américains viennent à Paris : on met en relation, on crée du lien.

Côté administratif, on s’occupe des dépôts SACEM, on fait les contrats via d’autres équipes, mais on gère la négociation des splits, c’est-à-dire la répartition des droits entre auteurs et compositeurs. Dans 90% du temps tout se passe bien, mais dans les moments où ça coince, il faut savoir gérer ces désaccords.

Bref, une journée de DA en édition, c’est très varié, entre négociations, rendez-vous, logistique, et beaucoup d’humain.

Qu'est-ce que tu aimes dans ton travail ?

Ce que j’aime vraiment, justement, c’est le contact humain. J’aime bosser avec des artistes et leur entourage. J’adore aussi l’aspect créatif, être présent à l’origine de belles chansons ou de gros hits de demain, et savoir qu’on a un peu contribué à ça, c’est génial.

Ce qui me passionne aussi, c’est de suivre un artiste en développement depuis ses débuts et, après quelques années, de prendre un moment pour réaliser le travail accompli. Par exemple, avec BEN plg, on bosse ensemble depuis 2021. Son parcours est incroyable : en 2025, il a joué à l’Olympia, et il y a eu un sacré chemin avant d’en arriver là. C’est ce genre de réussite qui est hyper motivant.

Après, c’est pas toujours facile. Parfois, tu y crois à fond, l’artiste aussi, mais ça ne marche pas. C’est frustrant, surtout quand tu sais qu’il y a des belles chansons qui mériteraient d’être entendues par des millions, sans trouver d’écho. Parfois, il n’y a même pas d’explication.

Pourquoi as-tu choisi de travailler pour Kobalt ?

Parce que Kobalt représentait un beau challenge. C’est l’éditeur indépendant le plus important au monde, créé il y a un peu plus de 20 ans par des Suédois, avec désormais des bureaux partout dans le monde : du Royaume Uni à l’Australie en passant par l’Allemagne ou Hong Kong… La France, c’est leur dernier bureau, ouvert il y a un peu plus de 4 ans.

Au départ, il y avait seulement deux personnes, Till Buisson et Sébastien Cayla, pour gérer la synchro des artistes internationaux, pour échanger avec les marques de luxe qui sont pour la plupart basées en France. Puis Stéphane Berlow, le Managing Directeur France, est arrivé il y a trois ans avec l’objectif de développer le répertoire local. Personne ne connaissait Kobalt, et nous n’avions encore aucun catalogue français : il a fallu tout construire.

Chez Kobalt, on est assez interconnectés au niveau global, on connaît tous les DA de Londres, New York, Stockholm, Berlin, etc. On fait beaucoup plus de ponts entre les équipes qu’en major, où c’est souvent plus compliqué, moins familial, trop énorme. Nous avons un large réseau et de quoi financer de gros deals, tout en restant une structure à taille humaine.

Quel est ton lien avec IDOL ?

J’aime vraiment ce que vous faites globalement, je trouve que ça bosse bien, avec ce côté indépendant et disruptif que j’aime. J’apprécie beaucoup Gautier Somborn, qui est Head of A&R Development France. Il y a aussi Jean-Baptiste Lavergne, le Project Manager de BEN plg chez vous, que je connais surtout via son petit frère Adrien, avec qui je travaille sur l’artiste Dali.

Peux-tu nous parler d'une caractéristique spécifique de ton rôle : une chose que tu fais mais que les autres DA ne font généralement pas ?

Il y en a d’autres qui le font mais ce que j’aime bien, c’est de garder un pied dans l’indépendance. Je suis salarié de Kobalt, mais j’ai ma boîte avec BEN plg et Ludovic Saint-Roch, et je gère aussi le management de Lucci’. Ça me permet de rester ancré et de bien comprendre les enjeux d’un artiste totalement indé. Ça m’aide à voir les choses sous différents aspects.

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