
Job of the Month #29 : Directrice des études
Chaque mois, IDOL présente un métier de l’industrie de la musique. Ou plus qu’un métier, une personne ! Car derrière un même intitulé de poste, on retrouve des différences significatives d’une structure à une autre. Chacun peut définir, selon son parcours professionnel, ses qualités et compétences le périmètre de son poste! Rencontre avec Ivette Hubackova, qui revient sur son parcours professionnel peu linéaire et sur la façon dont, armée de ses compétences en mathématiques, elle a rebondi pour devenir Directrice des études au SNEP.
Tout d’abord, peux-tu nous présenter le SNEP ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Snep n’est pas une société, mais le Syndicat national de l’édition phonographique. Créé il y a 103 ans, son rôle repose sur trois grands piliers : défendre les droits et les intérêts des producteurs, promouvoir l’image de l’industrie de la musique enregistrée, et informer la profession via des chiffres, des études et des analyses de marché.
Concrètement, ça se traduit par des actions très larges, en France auprès des pouvoirs publics, jusqu’aux ministères, mais aussi à l’échelle européenne, notamment en ce moment avec des sujets politiques comme l’IA. L’idée, c’est de rester vigilant pour que les droits de chacun soient respectés et éviter de revivre les crises qu’a connues l’industrie.
Que fait une Directrice des études ?
Je suis analyste de formation, donc je vais m’attacher à comprendre la donnée dès la source. Les données, ça peut prendre plein de formes : chiffre d’affaires, ventes brutes, et surtout aujourd’hui des équivalents ventes. Avant, pour les certifications, on parlait surtout de physique, et depuis 2016, on intègre aussi le streaming dans nos outils, en convertissant les écoutes en équivalent ventes.
Je m’occupe de tout le cycle de vie de la donnée. Si les données sont erronées ou incomplètes, il faut identifier l’origine du problème. Sinon il nous sera impossible de produire des études économiques et de consommation fiables.
Il faut être vigilant au moment de la collecte, en étant exhaustif, avec un panel le plus représentatif possible : enseignes, plateformes de streaming, téléchargement, disquaires. Ensuite, je travaille la structuration, la qualité et l’agrégation, en lien avec nos prestataires, mais aussi avec la profession, parce que nos classements et nos certifications ont des règles et des méthodologies très précises, et tout le monde doit être aligné sur leur application.
La finalité de mon travail, c’est la bonne communication de ces données, adaptée à chaque interlocuteur. Un régulateur ne va pas demander la même chose qu’un média ou qu’un ministère, et donc nous allons adapter la lecture, parfois même le cadre méthodologique, pour transmettre une information fiable et pertinente.
Par exemple, l’Arcom peut nous solliciter sur la liste des artistes confirmés, ce qui signifie que nos critères seront des ventes et des certifications. À l’inverse, les médias vont plutôt chercher des records historiques, ou des tendances, donc on raconte les chiffres autrement, tout en restant rigoureux. Enfin, il y a aussi des rapports spécifiques, comme ceux liés à la garantie de rémunération minimale qui sont payés par la SCPP et la SPPF, qui reposent sur leurs propres méthodologies.
Quelles sont les qualités requises pour ton poste ?
La qualité numéro un, c’est l’écoute. On échange avec une grande diversité d’interlocuteurs, donc il faut savoir entendre les besoins, comprendre les préoccupations, et rester ouvert aux difficultés que peuvent rencontrer les pros de la filière, car toute la chaîne peut être impactée.
Par exemple, pendant le Covid, les fabricants de vinyles étaient submergés de commandes, et les délais explosaient. Résultat, les labels ne pouvaient plus presser à temps. Notre rôle a été de chercher des solutions concrètes, trouver des alternatives, comme débloquer une capacité de production ailleurs. C’est ça aussi, l’agilité : être inventif et orienté solutions.
Du coup, ça demande aussi d’être disponible et diplomate. On est identifiés comme une autorité sur les classements et les certifications, donc on se doit d’être pédagogues, d’expliquer nos méthodologies, et d’accompagner leurs évolutions. Nous devons rester ouverts à la créativité des labels, des artistes et de leurs projets, être flexible autant que possible tout en faisant respecter les règles communes.
Comment se déroule une journée type pour toi ?
Le matin, je commence par de la cohésion d’équipe, parce que ça fait toujours du bien de resserrer les liens. Ensuite, je passe du temps sur les mails, parce que souvent les labels et les distributeurs me demandent si leur projet est conforme, et je dois les informer sur les éventuels changements de règles.
Les déclarants ont leur responsabilité engagée : ils contractent avec notre prestataire technique, qui leur impose des exigences et une méthodologie assez précise. Du coup, on me sollicite parfois via les équipes techniques, parfois directement, pour savoir si tel événement est éligible selon les règles, et si ça peut compter, par exemple, dans un classement ou une certification. Parfois c’est une plateforme de streaming qui me demande des données, ou des rapports, notamment via notre plateforme Charts France. Souvent aussi la SCPP me contacte pour des infos précises sur des données liées à des rapports qu’on doit livrer conjointement avec la SPPF.
Au quotidien, je veille également au bon fonctionnement des outils que nous avons mis en place et à la fiabilité de nos systèmes. Cela passe par l’enrichissement constant de notre base de données des références et la supervision de notre base de données des ventes. Je m’occupe aussi de l’intégration des nouvelles enseignes au sein du panel OCC pour qu’elles puissent nous déclarer leurs ventes, tout en gérant la livraison des clips aux médias. Mon rôle m’amène aussi à intervenir directement auprès des labels pour répondre à leurs sollicitations techniques ou stratégiques. Enfin, j’assure un lien constant avec l’IFPI, notre fédération internationale, pour échanger sur les évolutions mondiales des règles de classement.
La fin de l’année et le premier trimestre sont plus spécifiquement consacrés à la préparation du bilan de la musique enregistrée que nous publions à cette période. Mes journées sont alors occupées par la production de rapports et d’analyses pointues, en coordination étroite avec nos équipes techniques et des bureaux d’études spécialisés comme Ifop, Ipsos ou Kantar Media.
Bilan 2025 du Marché de la Musique Enregistrée

Quel a été ton parcours professionnel ?
Je suis d’origine tchèque, j’ai un bac de français et un bac en comptabilité, économie et marketing. Du coup, les chiffres ne m’ont jamais été étrangers. J’ai d’abord travaillé comme assistante dans un service marketing pour une société spécialisée dans les cosmétiques. J’ai découvert le fonctionnement d’une équipe créative, avec une dimension événementielle.
A 21 ans, je suis arrivée en France, et j’ai eu la chance de vivre dans la famille d’un artiste connu. Ça m’a permis d’observer la vie d’artiste au quotidien : les gens qui viennent répéter, les chansons écrites sur un coin de table… Après un an et demi chez eux, j’ai décidé de continuer mes études en France.
J’ai commencé par une licence Arts du spectacle à l’université d’Évry, où j’ai commencé à organiser des événements culturels, ce qui m’a permis de petit à petit construire un réseau. Je me suis ensuite orientée vers du management culturel, avec beaucoup de stages. J’ai notamment travaillé pour un festival de musiques du monde, qui faisait aussi office de label, de salle de concert et de bureau de production. On était une petite équipe, donc j’ai eu accès à énormément d’infos ! Par la suite j’ai travaillé pour une collectivité territoriale pendant deux ans où je m’occupais de la coordination de la communication pour leurs deux festivals de musique d’envergure. Et puis le Covid est arrivé ce qui signifie plus d’événements, et la fin de mon contrat, juste au moment où je deviens maman.
Je me suis alors renseignée sur des formations professionnalisantes, et je suis tombée sur le métier de data analyst. J’aimais déjà beaucoup le digital, parce que sur mes derniers postes, j’avais touché à la prod, l’admin, la logistique, et la communication… J’ai commencé à découvrir Python et SQL, et je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus accessible que je ne l’imaginais, un peu comme des jeux vidéo. J’ai donc fait une formation via OpenClassrooms, accompagnée par un mentor, mais avec beaucoup d’autonomie. Je recommande.
À la fin de la formation, j’ai passé beaucoup d’entretiens et j’ai signé un CDD aux Musées de Paris, sur un remplacement de congé maternité. Et c’est là que le réseau compte : à la suite d’un entretien grâce à une de mes relations, mon CV est arrivé au SNEP, où je suis depuis trois ans.
Voilà : ce n’est pas parfait, ce n’est pas linéaire, mais je dirais : tentez, faites des rencontres, faites des projets. Faites quelque chose qui vous ressemble, qui vous fait plaisir, sans vous forcer. Et forcément, il va ressortir quelque chose de beau.
Qu'est-ce que tu aimes dans ton travail ?
Je crois que ce que j’aime le plus, c’est le contact humain. Je suis quelqu’un de curieux, j’aime apprendre, comprendre les objectifs, et essayer de voir comment on peut collaborer pour y arriver ensemble.
Ce qui m’anime c’est le travail collectif, et la création de projets : avec les données, on peut faire énormément de choses. J’aime construire quelque chose qui apporte la bonne information à la bonne personne, pour qu’elle puisse ensuite s’en servir et créer autre chose à son tour.
Pourquoi as-tu choisi de travailler pour le SNEP ?
Déjà, travailler pour la musique à ce poste-là, c’est… le summum. Comme je suis passionnée de musique, c’est précieux. Je me lève avec la musique, j’en consomme du matin au soir, ça fait partie de mon quotidien.
Au début, je ne mesurais pas l’amplitude des activités, ni l’étendue des sujets. Mais aujourd’hui, je trouve ça génial. Je suis en contact avec plein d’acteurs, et notamment avec nos équipes techniques et notre fédération internationale qui se situent à Londres.
Donc travailler sur le marché français, qui est un des plus importants au monde, avec une vue globale sur la manière dont la musique se consomme, comment le marché évolue… et en parler avec mes collègues, comparer, comprendre : c’est assez incroyable. Franchement, c’est parfait !
Quelle est la tâche la plus étrange que tu as pu faire en tant que Directrice des études ?
C’est plutôt une anecdote, un moment tout simple, l’année dernière, au retour d’un court séjour à Londres pour voir l’IFPI et nos équipes techniques.
On arrive Gare du Nord, on voit Skread, et on lui demande un selfie, tout en guettant Orelsan. Un peu plus loin, on tombe sur toute la Skread Connexion, et Orelsan est là ! Avec les collègues on hésite, mais je veux mon selfie avec lui. Donc on va lui parler, on lui dit qu’on bosse au SNEP, et il est super sympa. Il nous raconte qu’il revient d’un enregistrement avec le London Symphony Orchestra du fameux Abbey Road Studios, et on discute vraiment de façon hyper simple, presque comme une discussion amicale. Franchement, ça m’a fait trop plaisir !
La playlist d'Ivette
Pour aller plus loin
- Job of the Month #1 : DSP Editorial & Partnerships Manager
- Job of the Month #2 : Développeur Front-end
- Job of the Month #3 : Head of Digital Content Operations
- Job of the Month #4 :Label Manager
- Job of the Month #5 : Responsable Royalties
- Job of the Month #6 : Head of Audience Development
- Job of the Month #7 : Attachée de presse
- Job of the Month #8 : Head of A&R / Business Development
- Job of the Month #9 : Performance Marketing manager
- Job of the Month #10 : Juriste
- Job of the Month #11 : Déléguée Générale
- Job of the Month #12 : Global Music Editor
- Job of the Month #13 : Director of Member Operations
- Job of the Month #14 : Développeur back-end
- Job of the Month #15 : Présidente et dirigeante
- Job of the month #16 : Responsable des partenariats
- Job of the Month #17 : Head Of Sacem Lab / Innovation
- Job of the month #18 : Distributeur physique
- Job of the month #19 : Label Partner Manager
- Job of the month #20 : Entrepreneur music & tech
- Job of the month #21 : Gestionnaire RH & administrative
- Job of the month #22 : Membership Director
- Job of the month #23 : Community & Projects Manager
- Job of the Month #24 : Artist Strategy Manager (Marketing Lead)
- Job of the month #25 : Coordinatrice de Majeur·e·s
- Job of the month #26 : Directeur Artistique en édition
- Job of the month #27 : Serial Entrepreneuse
- Job of the month #28: Gestionnaire international des droits voisins