
Job of the month #31 : Consultante Équité, Diversité et Inclusion
Chaque mois, IDOL présente un métier de l’industrie de la musique. Ou plus qu’un métier, une personne ! Car derrière un même intitulé de poste, on retrouve des différences significatives d’une structure à une autre. Chacun peut définir, selon son parcours professionnel, ses qualités et compétences le périmètre de son poste! Rencontre avec Vick Bain, chercheuse et consultante Équité, Diversité et Inclusion, qui œuvre pour de meilleures conditions dans l’industrie musicale et pour soutenir les carrières des femmes grâce à la recherche, la formation et la prise de parole.
Que fait une consultante Équité, Diversité et Inclusion ?
C’est très varié et ça dépend beaucoup de l’entreprise, car chacune a des besoins différents. Je travaille exclusivement dans le secteur de la musique. Certaines organisations me commandent des projets de recherche, et j’ai mené plusieurs études dans ce domaine. Plus récemment, j’ai fait partie d’une équipe de chercheurs travaillant sur un rapport majeur sur la valeur de la musique noire au Royaume-Uni (Black Music Means Business), un projet très spécifique qui nous a pris deux ans.
Parfois, on m’embauche pour une session de formation isolée, parfois toute une série. Par exemple, j’ai développé des programmes complets pour réduire les biais dans les concours de musique. Je travaille avec des entreprises qui organisent des concours ou qui veulent supprimer les préjugés de leurs processus, et je forme les jurys à réduire les biais inconscients. Parfois, l’accent est mis sur la gestion du harcèlement et de la discrimination. C’est un sujet difficile… Je suis déjà intervenue dans des entreprises qui gèrent des plaintes, ce qui peut être un défi, tandis que d’autres préfèrent être plus proactives.
Une grande partie de ma formation est ce que j’appelle « les fondations » : s’assurer que le personnel connaît ses droits et que la direction et le leadership connaissent leurs responsabilités. Je travaille depuis cinq ou six ans par intermittence avec IMPALA, l’organisation commerciale européenne représentant les labels indépendants, et j’ai développé avec eux une plateforme de formation en ligne qu’ils ont financée. Toute personne travaillant dans la musique peut se rendre sur mon site internet et suivre ces cours. J’ai actuellement cinq cours et j’en développerai d’autres au cours de l’été.
Ils sont très axés sur la musique : toutes les études de cas et les exemples proviennent du secteur. Les gens peuvent suivre des micro-sessions de formation sur des sujets tels que les biais inconscients, la connaissance de leurs droits, les notions linguistiques et terminologiques de base, l’intersectionnalité et les concepts et thèmes connexes. Je fais cela à plein temps depuis sept ans maintenant, après de nombreuses années dans la musique, et j’apprends encore quelque chose de nouveau chaque jour.
Quelles sont les qualités requises pour ton poste ?
Je dirais qu’il faut un sens très aigu de la justice sociale, et une propension à être ce que les gens pourraient appeler « éveillé » (woke). Il faut aussi beaucoup d’humilité. Au cours des sept dernières années, j’ai suivi mon propre processus d’examen approfondi de mes biais, dont beaucoup proviennent de qui je suis et d’où j’ai grandi, et de reconnaissance de mes privilèges en tant que personne blanche vivant au Royaume-Uni.
L’humilité va aussi de pair avec la persévérance. Je suis en dernière année de doctorat sur les carrières des femmes dans l’industrie musicale britannique. Je travaille dessus depuis six ans, et cela a été incroyablement utile pour mon conseil et ma pratique. Mais pour atteindre ce niveau de recherche, surtout quand on reprend ses études à un âge plus avancé, en tant que femme d’âge mûr, il faut être très déterminée.
Quel a été ton parcours professionnel ?
Je m’intéresse aux parcours professionnels, c’est donc un sujet sur lequel j’ai beaucoup réfléchi. La plupart des carrières dans la musique suivent des lignes très sinueuses. Je ne l’avais pas planifié il y a 30 ans, mais adolescente, je savais que je voulais travailler dans la musique, même si je ne savais pas encore comment. Je me suis d’abord formée en tant que musicienne et j’ai obtenu plusieurs diplômes d’enseignement supérieur en musique en tant que chanteuse, mais j’étais aussi attirée par le côté management et business. Quand il est devenu clair que je n’allais pas gagner assez en tant que musicienne, certainement pas assez pour payer mon loyer à Londres, je suis passée du côté des affaires, et cela me convenait très bien.
En 2005, j’ai commencé à travailler pour une organisation alors appelée la British Academy of Songwriters, Composers and Authors, qui possédait les Ivor Novello Awards et qui se nomme maintenant The Ivors Academy. Quand j’ai vu l’offre d’emploi, j’étais très excitée car je connaissais la réputation prestigieuse des Ivors. Je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait d’une organisation militante, et cela correspondait vraiment à mes valeurs. Elle se battait pour s’assurer que les auteurs-compositeurs étaient payés correctement, qu’ils étaient protégés et que les lois sur la propriété intellectuelle soutenaient les créateurs de musique, qui sont le fondement de l’industrie musicale. J’ai adoré ce sentiment de défendre une juste cause.
Cette expérience m’a également fait prendre conscience à quel point cet environnement était dominé par les hommes. En faisant un rapide tour de la table, ça m’a sauté aux yeux. En 2016, après avoir été promue PDG, j’ai réalisé une analyse des gagnants des Ivors sur 60 ans. Seulement 6% des prix avaient été décernés à des femmes. Ce fut une découverte choquante. Dans les années 1990, et entre 2010 et 2016, ce chiffre n’a atteint que 10%. Il a augmenté au cours des dix dernières années, mais pas de manière spectaculaire.
À ce moment-là, j’ai pensé que nous devions faire plus pour amener les femmes à l’écriture de chansons et à la composition. J’ai réalisé que c’était ma vraie passion et que cela deviendrait ma vocation. C’est pourquoi, en 2018, j’ai décidé de quitter ce rôle et de me concentrer pleinement sur cette mission.
Comment se déroule une journée type pour toi ?
J’ai trois activités principales. Je travaille comme consultante pour des organisations, c’est comme ça que je paie mes factures. Je poursuis ma recherche de doctorat, ce qui me coûte de l’argent mais c’est le fondement de tout ce que je fais. Je m’implique également dans des activités à but non lucratif.
Pendant le confinement, j’ai créé une organisation à but non lucratif qui a dépassé le simple projet secondaire. The F–List for Music soutient les femmes et les musicien·ne·s de tous genres. Je travaille avec un fantastique conseil d’administration composé de femmes, et grâce à des financements caritatifs, nous proposons des programmes de développement artistique, des formations, des informations et plus encore, ainsi qu’un annuaire d’environ 6 500 musicien·ne·s et groupes qui incluent des femmes. Les entreprises peuvent également créer leurs propres listes sur The F–List si elles souhaitent mettre en avant les femmes qui font partie de leurs effectifs. Pour l’instant, ce site ne couvre que le Royaume-Uni, tout simplement parce que je n’aurais pas assez de temps pour gérer un annuaire mondial, même si je connais des initiatives similaires dans d’autres pays et que je reste en contact avec elles.
C’est ce que je fais pendant mon soi-disant temps libre, tout en essayant de rédiger ma thèse de doctorat. Je jongle avec ces trois volets tous les jours.
Qu'est-ce qui te plaît dans ton travail ?
Tout ce travail m’apporte une grande satisfaction. J’aime les gens avec qui je travaille, car les entreprises que je soutiens veulent s’améliorer et partagent mes valeurs, ce qui est crucial pour moi. Les femmes avec qui je travaille à The F–List sont fantastiques, et nous avons construit de solides amitiés autour d’une mission commune. Mon doctorat est un véritable défi et c’est un travail très difficile, mais qui me passionne et je crois que cela nous aidera à comprendre ce qui doit changer dans l’industrie musicale et comment mettre en œuvre ce changement. Je tire une grande satisfaction de mon travail, et je pense que c’est essentiel dans n’importe quel métier.
J’ai également donné quelques cours, principalement en tant que conférencière invitée dans une vingtaine d’universités britanniques. On m’invite souvent à parler des femmes dans la musique, mais j’enseigne également le music business général, car comprendre comment fonctionne l’industrie musicale est vital pour quiconque veut en faire partie, étant donné sa complexité. Pour l’avenir, j’espère simplement poursuivre ce travail et, avec un peu de chance, obtenir un doctorat à l’issue de ces sept années d’études pour couronner le tout.
Comment vous êtes-vous impliquée auprès de la Independent Society of Musicians (ISM) ?
J’ai quitté The Ivors à la toute fin de 2018, mais j’étais déjà membre de l’ISM. Il y a environ cinq ans, on m’a demandé si je souhaitais me porter candidate à un poste d’administratrice, ce que j’ai fait, et je pense que c’est ma dernière année dans ce rôle.
L’ISM est une autre association qui mène des actions militantes, ce qui correspond tout à fait à mes valeurs : je souhaite améliorer les conditions de travail dans l’industrie musicale, tant pour les musicien·nes que pour les professionnel·les du secteur. Actuellement, de nombreuses campagnes sont menées autour de l’IA, et l’accent est mis sur la nécessité de garantir les meilleures conditions possibles aux musicien·nes. L’association a également mené des recherches sur la discrimination et le harcèlement, et j’ai contribué à la rédaction de son dernier rapport en tant qu’autrice.
Quelle est la tâche la plus étrange que tu as pu faire au cours de ta carrière ?
J’y ai réfléchi et, honnêtement, je n’ai pas l’impression d’avoir fait quoi que ce soit de particulièrement étrange au cours de ma carrière professionnelle. Mais j’ai eu un petit boulot d’étudiant dont j’adore parler, car ça surprend toujours les gens.
Une année, j’ai travaillé comme clown, à vendre des ballons et à faire maquiller les enfants, et j’ai vraiment adoré ça. C’était hilarant et très amusant, parce qu’on enfile ce masque complètement fou, qui est très différent de l’image que je donne habituellement de moi-même, et ça permet de se laisser aller à faire des bêtises.
C’était il y a bien longtemps maintenant, mais j’ai encore quelques photos très drôles. C’est toujours l’anecdote que je partage et que personne ne devine jamais. Je ne sais pas si c’était étrange, mais c’était vraiment marrant.
Selon toi, quels progrès l'industrie musicale a-t-elle accomplis et dans quels domaines devons-nous encore nous améliorer ?
Je pense que l’industrie musicale a encore beaucoup d’introspection à faire sur le chemin qu’il nous reste à parcourir. Des progrès ont été réalisés dans certains domaines, mais il en existe beaucoup d’autres où nous devons clairement faire mieux.
Nous avons besoin d’une plus grande prise de conscience, d’une meilleure compréhension des données et d’une vision plus claire des domaines où des changements s’imposent. Si davantage de personnes suivaient ma formation en ligne, ce serait déjà un pas significatif vers l’accélération des progrès. Les choses avancent, mais je pense que nous pourrions aller plus vite.
La playlist de Vick
Pour aller plus loin
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- Job of the Month #9 : Performance Marketing manager
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- Job of the Month #13 : Director of Member Operations
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- Job of the Month #17 : Head Of Sacem Lab / Innovation
- Job of the month #18 : Distributeur physique
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- Job of the Month #24 : Artist Strategy Manager (Marketing Lead)
- Job of the month #25 : Coordinatrice de Majeur·e·s
- Job of the month #26 : Directeur Artistique en édition
- Job of the month #27 : Serial Entrepreneuse
- Job of the month #28: Gestionnaire international des droits voisins
- Job of the Month #29 : Directrice des études
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